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Les émulsifiants alimentaires : entre confort culinaire et préoccupations santé

Dans l'univers des produits alimentaires transformés, les émulsifiants jouent un rôle clé, garantissant texture agréable et durée de conservation étendue. Pourtant, récemment, une étude française de grande envergure, la NutriNet-Santé, a jeté un pavé dans la mare : ces additifs seraient liés à une augmentation du risque de certains types de cancer. Plongeons dans les mécanismes biochimiques qui sous-tendent ces découvertes préoccupantes.



Comprendre les émulsifiants

Les émulsifiants sont des agents qui permettent de mélanger deux substances habituellement non miscibles, comme l'huile et l'eau. Dans l'industrie alimentaire, ils confèrent aux produits une texture homogène et prolongent leur durabilité. Mais, quelle est la contrepartie ?


Les mécanismes biochimiques en jeu

Les émulsifiants, tels que les carraghénanes (E407), les diphosphates (E450), les mono- et diglycérides d'acides gras (E471), les pectines (E440), et le bicarbonate de sodium (E500), ont été identifiés comme augmentant potentiellement le risque de cancer. Ces substances interagissent avec notre organisme de manière complexe, principalement en affectant la microbiote intestinale et en provoquant une inflammation systémique :


  1. Perturbation de la microbiote intestinale : notre intestin héberge une communauté complexe de micro-organismes, essentielle à notre santé. Les émulsifiants, en modifiant l'équilibre de cette microbiote, favorisent une inflammation chronique de l'intestin et, potentiellement, des maladies inflammatoires intestinales, connues pour augmenter le risque de cancer colorectal.

  2. Affaiblissement de la barrière intestinale :  en altérant la fonction de barrière de l'intestin, les émulsifiants facilitent le passage de substances nocives et de bactéries pathogènes dans la circulation sanguine, déclenchant une réponse inflammatoire dans tout l'organisme. Cette inflammation chronique est un terrain propice au développement de mutations cellulaires et, par extension, de cancers.

  3. Inflammation chronique et carcinogenèse : l'inflammation soutenue peut endommager l'ADN, favorisant les mutations génétiques et la prolifération cellulaire anarchique, pierres angulaires du processus carcinogène. De plus, elle peut créer un microenvironnement qui soutient la croissance et la survie des cellules cancéreuses.


Les additifs en question

L'étude met particulièrement en évidence deux familles d'émulsifiants :

  • Mono- et diglycérides d'acides gras (E471) : ces composés sont fréquemment utilisés dans les pâtisseries, les crèmes glacées et de nombreux autres produits transformés. Leur association avec un risque accru de cancers soulève des questions sur leur omniprésence dans notre alimentation.

  • Carraghénanes (E407) : employés pour leur capacité à épaissir et stabiliser, ces polysaccharides extraits d'algues sont notamment retrouvés dans les produits laitiers et les boissons végétales. Leur lien avec le cancer du sein invite à la prudence, particulièrement pour les consommateurs fréquents de ces produits.


Plus de données :


Mono- et diglycérides d'acides gras (E471) :

  • Risque global de cancer : HR (hazard ratio) élevé vs faible = 1.15 ; IC à 95% [1.04, 1.27], p-tendance = 0.01.

  • Cancer du sein : HR = 1.24 ; IC à 95% [1.03, 1.51], p-tendance = 0.04.

  • Cancer de la prostate : HR = 1.46 ; IC à 95% [1.09, 1.97], p-tendance = 0.02.

Carraghénanes totaux (E407 et E407a) et Carraghénane (E407) :

  • Risque de cancer du sein :

    • HR pour E407 et E407a = 1.32 ; IC à 95% [1.09, 1.60], p-tendance = 0.009.

    • HR pour E407 = 1.28 ; IC à 95% [1.06, 1.56], p-tendance = 0.01.

Diphosphates (E450), Pectines (E440), et Bicarbonate de sodium (E500) :

  • Associés à un risque accru de cancer du sein prémenopausal :

    • HR pour E450 = 1.45 ; IC à 95% [1.04, 2.02], p-tendance = 0.03.

    • HR pour E440 = 1.55 ; IC à 95% [1.12, 2.14], p-tendance = 0.008.

    • HR pour E500 = 1.48 ; IC à 95% [1.07, 2.05], p-tendance = 0.01.


Ces émulsifiants sont largement utilisés en Europe et l'étude a observé une augmentation des risques de cancer associée à des consommations plus élevées de ces additifs.


Associations observées mais non robustes dans toutes les analyses de sensibilité :

Gomme Xanthane (E415) :

  • Risque global de cancer : HR = 1.13 ; IC à 95% [1.02, 1.25], p-tendance = 0.04.

Esters de polyglycérol d'acides gras (E475) et Gomme de caroube (E410) :

  • Risques accrus de cancer du sein :

    • HR pour E475 = 1.50 ; IC à 95% [1.05, 2.15], p-tendance = 0.02.

    • HR pour E410 = 1.19 ; IC à 95% [0.99, 1.43], p-tendance = 0.045.

Carraghénanes totaux (E407 et E407a) :

  • Cancer du sein postmenopausal : HR = 1.28 ; IC à 95% [1.00, 1.64], p-tendance = 0.04.

Diphosphate de dipotassium (E340), Gomme guar (E412), Gomme arabique (E414), et Cire d'abeille (E901) : associations avec le cancer du sein prémenopausal et le cancer de la prostate.


Bouleversement

Dans cette étude, la consommation d'émulsifiants était inférieure aus doses journalières admissible (DJA) de l'EFSA. La consommation totale d'émulsifiants s'élevait à 4,2 g/jour. Conformément aux données antérieures de l'étude de cohorte prospective NutriNet-Santé, les DJA pour les esters tartriques de mono- et diglycérides d'acides gras (E472e) fixées à 240 mg/kg de poids corporel/jour, pour les lactylates totaux (E481 et E482) à 22 mg/kg de poids corporel/jour, et pour le carraghénane (E407) à 75 mg/kg de poids corporel/jour, n'ont été atteintes par aucun des participants. Seules les ADIs pour les triphosphates (E451), fixées à 40 mg/kg de poids corporel/jour, ont été dépassées par moins de 0,1% des participants. Ces ADIs sont théoriquement conçues pour protéger les consommateurs contre les effets adverses potentiels de chaque additif dans un produit alimentaire donné.

Des mises à jours apparaîtront surement dans le futur avec l'émergence davantage de preuves, qui pourront mener à davantage de régulation dans ce domaine (à suivre).


Vers une alimentation plus saine

Ces découvertes nous encouragent à repenser notre rapport aux aliments transformés et à privilégier une alimentation plus naturelle, riche en produits frais. Lire attentivement les étiquettes devient plus qu'un réflexe ; c'est une nécessité pour qui souhaite prendre soin de sa santé à long terme.

L'étude NutriNet-Santé ouvre la voie à de nouvelles recherches sur les impacts des additifs alimentaires sur la santé. En attendant des directives plus claires et peut-être une réglementation renforcée, adopter une alimentation consciente et variée semble être la meilleure stratégie pour se protéger des risques potentiels associés à ces substances omniprésentes dans notre quotidien.


Référence :


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